Tout commence par un seul geste
Quand je prépare une nouvelle leçon guidée, je commence par une question très simple : quel est l'unique geste que la personne saura faire à la fin ? Pas deux, pas trois. Ouvrir un document enregistré, déplacer une fenêtre, répondre à un courriel : chaque leçon n'en porte qu'un seul.
Ce choix peut sembler sévère, mais il vient de ce que nous observons depuis 2017 auprès des apprenants. Quand une leçon veut tout expliquer, la personne retient surtout la peur de se tromper. Quand elle ne montre qu'un geste, elle peut le refaire le lendemain, seule, sans notes.
Je note ensuite, sur une feuille, les mots que j'emploierai et ceux que je m'interdis. Si un terme technique est inévitable, il renvoie au glossaire en langage simple, avec une phrase d'explication plutôt qu'une définition de dictionnaire.
- Un geste par leçon, jamais davantage
- Une liste de mots autorisés et de mots écartés
- Un renvoi au glossaire pour chaque terme technique
Une habitude de sécurité à chaque fois
Chaque leçon est accompagnée d'une habitude de sécurité, et celle-ci doit être liée au geste enseigné. Si la leçon porte sur l'ouverture d'une pièce jointe, l'habitude sera de regarder qui a envoyé le message avant de cliquer. Le lien est concret, jamais décoratif.
Nous veillons à ce que ce rappel reste calme. Il n'y a ni alarme rouge ni ton dramatique : une phrase claire, une image, et une manière de faire que la personne peut adopter sans y penser. L'objectif est de créer un réflexe tranquille, pas une inquiétude.
Marie Lambert, qui a conçu notre méthode des petites réussites, relit chaque habitude avec un regard d'enseignante. Elle me demande souvent : « Est-ce que quelqu'un qui n'a jamais ouvert un courriel comprendrait cette phrase du premier coup ? » Si la réponse est non, je réécris.
Les images : montrer exactement ce que l'on voit
Les captures d'écran sont la partie la plus longue à produire. Une flèche mal placée ou un bouton légèrement différent de celui de l'ordinateur de la personne suffit à créer de la confusion. Je reprends donc chaque capture en agrandissant la zone utile et en entourant un seul élément à la fois.
Je fais aussi attention aux contrastes et à la taille des caractères, afin que la lecture reste confortable sur un écran d'ordinateur portable ordinaire, sans lunettes spéciales. Les couleurs ne portent jamais seules l'information : un cadre est toujours accompagné d'un texte qui nomme l'élément.
Enfin, chaque étape est numérotée et tient en une phrase courte. Si je dois utiliser deux phrases, je me demande si l'étape ne devrait pas être coupée en deux.
- Une flèche ou un cadre par image
- Contraste élevé et grands caractères
- Une phrase courte par étape numérotée
Les essais avec de vrais débutants
Avant qu'une leçon soit publiée, elle passe par des relectures et des essais. Je demande à des personnes qui découvrent l'ordinateur de suivre les étapes sans mon aide, pendant que j'observe en silence. Je note chaque endroit où elles hésitent, relisent ou froncent les sourcils.
Ces hésitations sont précieuses. Un mot qui paraissait évident à l'équipe s'avère parfois un obstacle. Une étape que je croyais claire en cache en réalité deux. Je ne corrige pas la personne : je corrige la leçon, car c'est elle qui doit s'adapter au lecteur et non l'inverse.
Thierry Dubois, notre assistant en ligne, m'apporte aussi les questions qu'il entend pendant les appels vidéo. Quand la même difficulté revient plusieurs fois, c'est le signe qu'une leçon existante doit être reprise, parfois entièrement.
Du côté de l'automne : reprendre sans pression
En cette saison, beaucoup de personnes reprennent un projet laissé de côté pendant l'été : classer des photos, écrire aux petits-enfants, retrouver un document. Nous en tenons compte en gardant des leçons très courtes, que l'on peut faire le temps d'une tasse de thé.
Je pense aussi à celles et ceux qui reviennent après plusieurs semaines sans toucher à l'ordinateur. Chaque leçon commence donc par un rappel d'une phrase sur ce qui a été vu avant, sans jamais laisser entendre que l'on aurait dû s'en souvenir.
Il n'y a pas de note, pas de chronomètre, pas de classement. Une leçon peut être refaite autant de fois que nécessaire, et c'est précisément ainsi que le geste finit par devenir naturel.
Ce qu'une leçon terminée doit laisser
Quand je considère qu'une leçon est prête, je lui pose trois questions. Le geste est-il clair ? L'habitude de sécurité est-elle simple à retenir ? La personne a-t-elle envie de passer à la suivante, sans avoir l'impression d'avoir été testée ?
Si l'une des réponses est hésitante, la leçon retourne sur ma table. Il m'est arrivé de réécrire une leçon quatre fois pour gagner une seule ligne de clarté. Ce travail ne se voit pas, et c'est tant mieux : une bonne leçon donne l'impression d'avoir été facile.
Les leçons peuvent aussi être imprimées sous forme de fiches, pour ceux qui préfèrent avoir le papier à côté du clavier. Je vérifie donc que la mise en page reste lisible une fois sortie de l'imprimante, en noir et blanc comme en couleur.
- Un geste clair
- Une habitude de sécurité simple
- Une envie de continuer
Derrière chaque leçon guidée, il y a de longues heures de tri, de reformulation et d'essais, pour qu'au final il ne reste qu'un geste et une habitude. Ce travail discret a un seul but : que vous puissiez avancer à votre rythme, sans crainte de mal faire. Si vous avez une question sur une leçon, n'hésitez pas à nous l'écrire.
